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Poursuite du projet de recherche sur les sédiments du lac
Aylmer en 2010
Réjean Hébert, directeur d’A.R.L.A. et
géologue
Une deuxième campagne
de carottage a été menée en autant d’années
sur les sédiments du lac Aylmer. En effet,
le 2 mars 2010, quatre (4) carottes de
sédiments ont été prélevées près de la rive
ouest du lac, secteur Beaulac-Garthby et
près de l’embouchure du ruisseau du
Troisième, secteur de Stratford. L’équipe de
l’Université Laval était formée par le
technicien du département de génie civil M.
Denis Jobin, le stagiaire Elvis Feuhouo et
le professeur Réjean Hébert du département
de géologie et de génie géologique. Ces
carottages avaient deux objectifs. Le
premier objectif visait à récupérer deux
carottes afin d’établir une référence
minéralogique et chimique pour des sédiments
non contaminés. Le secteur Beaulac-Garthby
a été choisi. Le deuxième objectif visait à
documenter l’embouchure du ruisseau du
Troisième, afin d’y caractériser les
sédiments comportant une contamination
probable d’origine minière. Il faudra
attendre quelques mois afin de pouvoir
comparer les nouveaux résultats à ceux de
2009. Cette étude vise à évaluer les risques
environnementaux pour la santé, la faune et
la flore du lac Aylmer. Des recommandations
pourront êtres faites aux riverains de même
qu’au Ministère du
Développement
Durable, de l’Environnement et des Parcs du
Québec.
Les sédiments du lac Aylmer, Estrie, livrent
leurs secrets.
Réjean Hébert, professeur Département de
géologie et de génie géologique et directeur
de l’A.R.L.A.; Alexandre Gauthier, stagiaire
M.Sc. et Rosa Galvez-Cloutier, professeure,
Département de génie civil, Université Laval
Cet article documente les résultats
géochimiques préliminaires obtenus suite au
prélèvement de cinq carottes de sédiments en
mars 2009 par une équipe de recherche de
l’Université Laval. Le projet de recherche a
pour objectif général de poursuivre la
caractérisation minéralogique et chimique
des sédiments du lac Aylmer suite à une
étude fédérale publiée en 1994 et qui avait
relevé des teneurs en métaux lourds totaux
élevées en certains points des
prélèvements. L’objectif plus spécifique du
projet de recherche est d’évaluer l’effet de
la rémédiation naturelle des sédiments
lacustres contaminés par les activités
minières.
Données historiques.
En 1958, un gîte métallifère est
découvert par le Groupe minier Sullivan et
va devenir la mine Solbec qui exploitera de
1960 à 1971 des minerais de cuivre, de zinc,
de plomb, de cadmium, d’or et d’argent. En
1960, un autre gîte métallifère est
découvert plus à l’ouest de la mine Solbec
et va devenir la mine Cupra-D’Estrie. Cette
mine exploitera de 1965 à 1977, des minerais
de cuivre, de plomb, de zinc, d’or, de
cadmium et de bismuth. Des déversements de
résidus miniers provenant des parcs à
résidus contamineront le ruisseau du
Troisième et la rivière Maskinongé (appelé
autrefois, ruisseau Bernier). Ces deux cours
d’eau sont d’importants tributaires qui se
jettent dans le lac Aylmer. En 1983, les
sites miniers sont classés à haut risque
pour la santé humaine par le Ministère de
l’Environnement (MEQ). En 1987, Cambior Ltd.
devient le propriétaire de Sullivan Mines
Ltd. et entreprend, de concert avec le MEQ,
la réhabilitation des anciens sites miniers.
En 1994, l’étude fédérale publiée comme Open
File 3011, révèle sans aucun doute des
concentrations totales anomaliques en métaux
lourds dont la provenance est attribuée aux
activités minières. Par exemple, l’étude
rapporte des teneurs totales maximales (ppm :
parties par million; 1% = 10,000 ppm) en
cuivre de 225-454 ppm, en zinc de 496-659
ppm, en nickel de 328-410 ppm, en cadmium de
3-3.8 ppm, en plomb de 101-167 ppm et en
chrome de 115-114 ppm. Ces teneurs,
quoiqu’alarmantes, ne rendent pas compte de
la solubilisation et de la biodisponibilité
de ces métaux c'est-à-dire le potentiel de
dispersion dans l’eau et le risque
d’absorption toxique par la faune et la
flore. En 2003, une étude sur l’efficacité
des méthodes de restauration des sites
miniers révélait que les travaux de
restauration avaient réussi à endiguer le
drainage minier dans le ruisseau du
Troisième. Depuis 2009, le présent projet de
recherche vise donc à faire le suivi
environnemental des déversements passés et
notamment vérifier la biodisponibilité et la
solubilisation des métaux.
Méthodologie et résultats.
La méthodologie employée est l’extraction
séquentielle sélective (e.s.s.) qui permet
une étude de spéciation des métaux lourds
soit en déterminant à quelles fractions
sédimentaires sont associés les métaux tels
les carbonates, les oxydes et les
hydroxydes, la matière organique, l’argile
et les associations de métaux
interchangeables et solubles. Quatre
carottes ont été investiguées par cette
méthode ( voir figure). La carotte 1
prélevée par 14.7 m de profondeur dans une
fosse au large du quai de Stratford a été
analysée à l’aide d’une autre méthode soit
l’ITRAX (microfluorescence X à très haute
résolution) qui permet d’obtenir des
résultats d’analyse en continu sur les
carottes pour une gamme d’éléments plus
étendue. Par contre, cette méthode ne permet
pas de connaître le type d’attachement des
métaux aux fractions sédimentaires. Les
résultats obtenus pour la carotte 2 prélevée
à 9.6 m de profondeur montrent des
concentrations importantes en cuivre (300
ppm),
en plomb (90 ppm) et en cadmium (4 ppm) dans
le haut de la carotte (à 6-10 cm sous le
fond du lac) alors que les teneurs
décroissent respectivement à 25 ppm, 17 ppm
et 1.5 ppm à plus de 14-36 cm sous le fond
du lac. Pour les carottes 3 et 4 prélevées
respectivement à 3.4 et 8.9 m de profondeur,
les teneurs mesurées sont plus variables
(cuivre max.: 325 ppm, min. 25 ppm; plomb
max. 120 ppm, min. 5 ppm; cadmium 4.2 ppm,
min. 0.6 ppm. Les teneurs sont relativement
faibles près du quai de Stratford. Les
résultats obtenus par e.s.s. pour la carotte
5 prélevée à 1.9 m de profondeur près de
l’embouchure de la rivière Maskinongé sont
les plus élevés et les plus variables. Les
teneurs en cuivre varient entre 800 et 210
ppm, en plomb entre 170 et 5 ppm et en
cadmium entre 11 et 1 ppm. Les teneurs sont
maximales à 16 cm sous le fond du lac. Les
teneurs en nickel sont élevées dans toutes
les carottes et varient entre 170 et 138 ppm
sans égard à la position stratigraphique de
l’échantillon dans chaque carotte. Ces
teneurs sont probablement des teneurs
régionales liées à la répartition par les
glaciers de fragments de roches
particulièrement riches en nickel affleurant
à l’ouest et au nord du lac. De plus, les
teneurs en nickel des gisements exploités
étaient très faibles excluant une
contamination résultant de l’activité
minière. Les teneurs en métaux échangeables
et solubles sont faibles dans presque tous
les échantillons, sauf près de l’embouchure
de la rivière Maskinongé où les teneurs
maximales et minimales sont de 25 et 4 ppm
pour le cuivre, 1.4 et 1ppm pour cadmium et
de 3,8 et1.1 ppm pour le plomb. Les mesures
par ITRAX sur la carotte 1 sont comparables
à celles obtenues par e.s.s. mais on obtient
des données supplémentaires pour des
éléments d’intérêt tels que le zinc, le
soufre, le fer, le chrome, le Ta, etc. Les
concentrations maximales en zinc (750 ppm),
en cuivre, (400 ppm), en plomb (180 ppm), en
soufre (7,800 ppm) et en tantale (566 ppm) sont obtenues à environ 5 cm
sous la surface des sédiments. Pour
référence, les concentrations provoquant un
effet probable sur l’environnement selon les
données de Plan St-Laurent sont de 200 ppm
pour le cuivre, 91 ppm pour le plomb, 3.5
ppm pour le cadmium, 90 ppm pour le chrome
et 310 pour le zinc.
Le projet de recherche
se poursuit en 2010 par l’obtention de
nouvelles carottes prélevées près de
l’embouchure du ruisseau du Troisième afin
de vérifier l’état de la contamination
métallifère des sédiments dans cette zone et
dans une zone de l’ouest du lac qui n’a pas
subi
de
contamination par les rejets miniers afin
d’obtenir les concentrations naturelles pour
les sédiments du lac Aylmer.
Conclusion.
Les concentrations en métaux lourds des
sédiments du lac Aylmer dépassent les normes
de qualité acceptables selon les critères
établis par Plan St-Laurent en plusieurs
endroits de l’étude. Les teneurs les plus
élevées sont à une profondeur de 16 cm sous
le fond du lac malgré que dans la fosse au
large du quai de Stratford des teneurs
élevées dépassant les normes à 5cm sous le
fond du lac soient observées. Une fraction
infime des métaux est biodisponible ou
soluble. Ces deux dernières constatations
sont considérées comme des résultats
positifs pour la qualité environnementale du
lac à long terme. À la lumière de ces
résultats préliminaires, nous pensons que le
risque lié à la toxicité des métaux lourds
dosés est relativement peu élevé dans
l’ensemble sauf près de l’embouchure de la
rivière Maskinongé. Cependant il est
recommandé de ne pas remobiliser les
sédiments afin d’éviter une dispersion
secondaire des métaux dans l’eau et dans le
bassin sédimentaire. Une étude plus
détaillée du delta de la rivière Maskinongé
permettrait de délimiter la zone fortement
contaminée et d’émettre des recommandations
en ce qui a trait aux activités récréatives
comme la baignade dans ce secteur. Des
spécialistes en écotoxicité devraient se
pencher sur ces résultats afin d’évaluer
l’impact des fortes concentrations
métallifères sur la vie lacustre.
Note : Les données de cet article sont
tirées principalement de :
Gauthier, A.A. (2009). Caractérisation
avancée des métaux lourds et du phosphore
dans les eaux et les sédiments du lac
Aylmer. Essai de M.Sc., Université Laval,
Québec, 32 p. et annexes.
Gauthier, A.A. (2010). Caractérisation
avancée des métaux lourds dans les eaux et
les sédiments du lac Aylmer. Sujet spécial,
Département de génie civil, Université
Laval, Québec, 32 p. et annexes.
Poursuite du projet de
recherche sur les sédiments du lac Aylmer
Par Réjean
Hébert, pour A.R.L.A.
Le 2 mars 2010, un carottage de sédiments a
été réalisé par une équipe de l’Université
Laval formée par le technicien du
département de génie civil M. Denis Jobin,
le stagiaire Elvis Tallo et le professeur
Réjean Hébert du département de géologie et
de génie géologique. Ces carottages avaient
deux objectifs. Le premier objectif visait
à récupérer deux carottes afin d’établir une
référence minéralogique et chimique pour
des sédiments non contaminés. Ces sédiments
proviennent de la portion ouest du lac près
de Beaulac-Garthby (figure 1). Le deuxième
objectif visait à documenter l’embouchure du
ruisseau du Troisième, afin d’y caractériser
les sédiments comportant une contamination
probable d’origine minière. Deux carottes
ont été prélevées dans ce secteur (figure
1). À première vue, les deux objectifs
semblent avoir été atteints. En effet la
couleur bleutée typique des dépôts argileux
des deux premières carottes ne semble pas
indiquer une quelconque contamination par
des métaux. Par contre, la couleur brunâtre
des sédiments prélevés dans l’embouchure du
ruisseau du Troisième, laisse présager des
teneurs non négligeables en métaux. Les
carottes de sédiments sont soumises
actuellement à une série de tests afin d’en
préciser la composition minéralogique et
chimique à l’Université Laval.
Cette campagne de carottage est la deuxième
menée en autant d’années sur les sédiments
du lac Aylmer. En effet, le 3 mars 2009,
cinq (5) carottes de sédiments avaient été
prélevées au large du quai de Stratford et
près de l’embouchure de la rivière
Maskinongé. Les analyses sur les carottes de
2009 sont terminées et les résultats très
intéressants seront présentés à l’Assemblée
annuelle de l’A.R.L.A. le 17 juillet 2010 au
camp Bel-Air de Stratford. Quand aux
carottes 2010, il faudra attendre quelques
mois afin de pouvoir comparer les nouveaux
résultats à ceux de 2009. Cette étude vise à
évaluer les risques environnementaux pour la
santé, la faune et la flore du lac Aylmer.
Des recommandations pourront êtres faites
aux riverains de même qu’au Ministère de
l’Environnement et des Parcs du Québec.
C’est donc un rendez-vous à l’assemblée
annuelle pour plus de détails sur ce projet
de recherche.
|
Numéro des carottes |
latitude |
longitude |
Profondeur sous la surface de l’eau |
|
1 |
45°48'46.70"N |
71°20'49.00"O |
1.30 |
|
2 |
45°48'24.60"N |
71°21'17.50"O |
1.70 |
|
3 |
45°50'16.50"N |
71°20'03.20"O |
0.30 |
|
4 |
45°50'08.50"N |
71°20'07.20"O |
|
|
Numéro des carottes |
latitude |
longitude |
Profondeur sous la surface de l’eau (m) |
|
1 |
45°48'39.10"N |
71°20'15.30"O |
14.70 |
|
2 |
45°48'33.80"N |
71°20'02.90"O |
9.60 |
|
3 |
45°48'30.10"N |
71°19'50.30"O |
3.40 |
|
4 |
45°47'27.20"N |
71°21'17.10"O |
8.90 |
|
5 |
45°47'16.70"N |
71°21'12.80"O |
1.90 |
Un nouveau projet de recherche sur le lac Aylmer
est lancé (2009)
Les résultats de 2009 sont
maintenant disponibles
ici
(3,46Mo.pdf.61 pages).
Réjean Hébert, géologue/directeur de
l’A.R.L.A.
La conservation de la
qualité environnementale du lac Aylmer est une
des missions
poursuivies par l’Association des Riverains du
lac Aylmer (A.R.L.A.). Soucieuse de faire
avancer la connaissance du lac et de son bassin
versant, elle parraine un nouveau projet de
recherche qui a débuté concrètement le 6 mars
2009 par l’échantillonnage des sédiments
lacustres en cinq points différents. Le but est
d’en connaître davantage sur les
caractéristiques physiques et chimiques des
sédiments tapissant le fond du lac.
Le projet de
recherche
Depuis de nombreuses années, l’A.R.L.A. prélève
des échantillons d’eau du lac et de ses
tributaires afin d’en déterminer la qualité
chimique et biologique en ce qui a trait aux
teneurs en phosphore, en nitrate et en
coliformes.
Cependant, un lac, c’est aussi un réservoir où
s’accumulent des sédiments formés de particules
solides et de l’eau qui proviennent de tout le
bassin versant. Or, on en sait peu sur la
composante des sédiments du lac. Une étude,
menée par la Commission géologique à Ottawa et
dont le rapport a été publié en 1994, a montré
une contamination complexe provenant à la fois
de l’environnement lui-même et de sources
minières. Mais aucune donnée permettant
d’identifier des sources agricoles ne sont
présentées dans le rapport.
Ainsi, on sait que les sédiments sont côtoyés
par la faune et par la flore qui s’y fixe en
partie. Il devient donc important de savoir de
manière exhaustive, quelle est la composition de
ces sédiments. L’échantillonnage réalisé en mars
2009 n’est que l’amorce d’un projet de plus
grande envergure. Ce projet vise aussi l’étude
des tributaires du bassin versant. Cet
échantillonnage a été mené
par une équipe de
l’Université Laval composée de Réjean Hébert,
professeur au Département de géologie et de
génie géologique, Denis Jobin, technicien,
Alexandre Bourget, professionnel de recherche et
Rosa Galvez, professeure, ces deux derniers
étant rattachés au Département de génie civil.
Guy St-Laurent, directeur à l’A.R.L.A., s’est joint
à l’équipe au cours de la journée.

Vue du mini derrick et d’une partie du train de
tiges et Alexandre Bourget,
professionnel de recherche à l’Université Laval.
Cinq carottes ont été prélevées dans le secteur
du quai de Stratford et deux dans le secteur de
la rivière Maskinongé. Ces carottes contiennent
jusqu’à 60 cm de sédiments prélevés à l’aide
d’un tube de plexiglas de 5 cm de diamètre, fixé
au bout d’un dispositif muni d’une valve
permettant la rétention de l’échantillon et
descendu ainsi au fond à l’aide de tiges
rigides. L’opération est facilitée par
l’installation d’un mini derrick que l’on peut
apercevoir sur la photo.
Maintenant, les carottes reposent dans une
chambre réfrigérée à 2°C dans un laboratoire de
l’Université Laval en attendant leur étude
détaillée. On
apprendra ainsi leur
composition minéralogique, la composition
chimique des divers éléments et composés
comme par exemple : le phosphore, les nitrates,
le cuivre, le fer, le zinc et les spores
d’algues bleues.

Exemple d’une carotte prélevée le 6 mars et se
protégeant du froid, Denis Jobin, technicien au
Département de génie civil de l’Université
Laval.
La suite du projet
À l’été 2009, le projet se poursuivra par
l’échantillonnage de l’eau et des sédiments de
deux tributaires importants : le ruisseau du
Troisième et la rivière Maskinongé. On sait que
ces tributaires ont subi l’influence des
opérations minières menées à Stratford dans les
années 60 et 70. L’équipe de recherche veut
ainsi vérifier l’état actuel des tributaires
après plus de 30 ans d’arrêt des activités
minières. Le projet estival sera supervisé par
les professeurs Rosa Galvez, Réjean Hébert et un
étudiant-stagiaire sera embauché, Alexandre
Gauthier, pour réaliser les étapes de
prélèvements, d’analyses en laboratoire,
d’exploitation des données et de leur
interprétation. Les résultats seront rendus
publics au cours de 2010.
Pour consulter ces résultats,
cliquer ici (3,46
Mo.pdf, 61 pages).
mise à jour mai 2010
PERFORMANCE, édition électronique |